Les cellules épithéliales forment un rempart protecteur indispensable pour de nombreux organes, dont l’appareil urinaire. Lorsqu’on retrouve leur trace dans les urines, ce n’est pas forcément inquiétant, surtout pendant la grossesse où de nombreux facteurs entrent en jeu. Mais comment bien interpréter ces résultats et savoir s’il y a lieu de s’inquiéter ?
cellules épithéliales : définition et particularités pendant la grossesse
qu’est-ce qu’une cellule épithéliale ?
Les cellules épithéliales forment la couche qui recouvre l’intérieur de nombreux organes : la peau, mais aussi l’appareil urinaire (urètre, vessie, voies excrétrices du rein) et une partie de l’appareil génital.
On peut les comparer à un carrelage, apportant à la fois protection, passage sélectif de certaines substances, et production de mucus ou d’autres sécrétions défensives.
Ce renouvellement ne s’arrête jamais : les cellules âgées se détachent — on parle alors de desquamation — et laissent place à de nouvelles. C’est déjà le cas en dehors de la grossesse.
Dans l’appareil urinaire, ce renouvellement constant explique que des cellules mortes finissent dans les urines. Il s’agit là d’un phénomène ordinaire chez toutes les femmes, qu’elles attendent un enfant ou non.
pourquoi retrouve-t-on des cellules épithéliales dans les urines ?
Lors d’un examen cytobactériologique des urines (ECBU), le laboratoire observe cette “mosaïque” en renouvellement.
Les cellules observées proviennent essentiellement de l’urètre et de la vessie, parfois du rein, et, chez la femme, du vagin ou de la vulve lors du prélèvement.
Leur présence traduit le renouvellement naturel du revêtement urinaire, mais le prélèvement peut aussi être enrichi par frottement mécanique lorsque l’urine passe.
Au cours de la grossesse, la quantité de cellules repérées peut même augmenter. Plusieurs raisons à cela : il y a plus de passages aux toilettes, plus de sécrétions, et recueillir parfaitement l’urine devient moins simple malgré toutes les précautions.
Il arrive parfois que le laboratoire note “nombreuses cellules épithéliales”. Ce commentaire peut faire peur sur le coup, mais il s’agit la plupart du temps d’une simple contamination du prélèvement. Ici, seul le contexte (symptômes, autres anomalies à l’analyse…) orientera le diagnostic.
différences entre cellules épithéliales squameuses, transitionnelles et rénales
Au microscope, on distingue trois grands types de cellules épithéliales dans les urines :
- Cellules squameuses : grandes et plates, venant de la vulve, du vagin ou de l’urètre. Leur abondance signale souvent une contamination lors du recueil, surtout en cours de grossesse.
- Cellules transitionnelles : de forme plus arrondie ou irrégulière, elles proviennent surtout de la vessie et des voies urinaires. En nombre raisonnable, pas de quoi s’alarmer.
- Cellules rénales (ou tubulaires) : petites, à noyau bien visible. Celles-ci sont issues des tubules rénaux ; leur présence en grande quantité doit faire évoquer un souci rénal et conduire à un avis médical.
Chez la femme enceinte, on identifie surtout les cellules squameuses, reflétant la proximité entre les zones vaginales et urinaires et la difficulté d’obtenir un échantillon strictement “propre”.
interpréter son ecbu : seuils normaux et valeurs d’alerte
lecture du compte d’éléments figurés au microscope
Le contrôle des urines consiste à observer les “éléments figurés” : leucocytes (globules blancs), cellules épithéliales, bactéries éventuelles.
En routine, on ne retrouve que très peu de cellules épithéliales : jusqu’à 15 ou 20 cellules/µL est considéré comme normal.
Le compte-rendu utilise souvent des qualificatifs (“négatif”, “traces”, “modéré”, “abondant”) plutôt qu’un chiffre précis. Ils servent surtout à guider la lecture en fonction du contexte : si leucocytes et bactéries sont marquants et qu’il existe des symptômes, la vigilance s’impose.
Quand le laboratoire note simplement “rares”, “quelques”, “nombreuses”, il s’agit d’un repère visuel qui suffit très souvent pour juger la situation.
quand parle-t-on de contamination ?
Un prélèvement est qualifié de “contaminé” lorsqu’il contient beaucoup de cellules épithéliales squameuses (donc issues de la peau du périnée ou de la vulve), mais que la culture reste stérile.
Cela se produit fréquemment quand la toilette intime a été sommaire ou le prélèvement du jet médian mal fait. Ici, il n’y a rien de “faussé” ou de mal géré de votre part : la grossesse complique la démarche, et les contaminations sont courantes.
C’est surtout la qualité du prélèvement qui entre en jeu. Une toilette à l’eau, en écartant les lèvres et en recueillant le milieu du jet, maximise les chances d’obtenir un échantillon exploitable.
quand suspecter une infection urinaire ?
Une infection urinaire est à suspecter si on retrouve beaucoup de leucocytes, une bactériurie significative (en général ≥10⁵ UFC/mL) et des microbes typiques comme E. coli ou le streptocoque B.
Les symptômes marquants sont des brûlures, des besoins urgents d’uriner ou des douleurs ; mais chez la femme enceinte, il existe aussi des infections totalement silencieuses, d’où la nécessité de surveiller même en l’absence de gêne manifeste.
L’ECBU permet de distinguer une simple contamination d’une vraie infection, qui doit alors recevoir un traitement.
facteurs qui modifient l’interprétation chez la femme enceinte
La grossesse perturbe parfois l’analyse des urines : on boit plus, ce qui dilue naturellement les germes. Les hormones entraînent un ralentissement de l’écoulement des urines dans les voies. L’utérus qui grossit gêne parfois la vidange complète de la vessie.
Pour toutes ces raisons, un contrôle de l’ECBU est conseillé à chaque trimestre de la grossesse, même sans symptômes, histoire de traiter rapidement toute infection passée inaperçue.
causes fréquentes et risques en cas de taux élevé pendant la grossesse
contamination vulvo-périnéale
La grossesse rend la région vulvo-périnéale plus exposée : pertes vaginales plus fréquentes, peau plus sensible, toilette intime moins simple avec le ventre qui s’arrondit.
Trop d’hygiène agressive abîme aussi la flore protectrice, tandis qu’un manque d’hygiène ou des sous-vêtements synthétiques favorisent l’humidité et le risque de prolifération bactérienne.
Recueillir un vrai “jet médian” est plus difficile et favorise la contamination du prélèvement. Pour limiter ces risques : savon doux et sans parfum, essuyage d’avant en arrière, sous-vêtements en coton, et changements de protection fréquents.
infections urinaires basses (cystite)
La cystite concerne la vessie. Elle est plus fréquente chez la femme enceinte : l’utérus comprime les voies urinaires et la progestérone ralentit le transit des urines.
On peut ressentir des brûlures, de petites quantités à chaque passage, et une envie d’uriner très fréquente.
Même si cela paraît anodin, une cystite non traitée pendant la grossesse peut évoluer vers une infection rénale, déclencher un accouchement prématuré, ou provoquer des contractions.
Un simple examen d’urine permet de confirmer le diagnostic et un traitement antibiotique adéquat, compatible avec la grossesse, est prescrit rapidement.
bactériurie asymptomatique
C’est la présence de bactéries dans les urines sans symptôme associé. Cela concerne de 2 à 10 % des femmes enceintes.
Ce trouble silencieux augmente pourtant le risque de complications comme la pyélonéphrite, l’accouchement prématuré ou un retard de croissance pour le bébé.
C’est pourquoi le dépistage est systématique en début de grossesse, puis répété au besoin, même en l’absence de gêne. Traiter cette situation protège à la fois la maman et l’enfant à naître.
pyélonéphrite aiguë gravide
La pyélonéphrite est une infection du rein, grave et urgente pendant la grossesse.
Les signes à surveiller sont : forte fièvre, frissons, douleurs lombaires intenses d’un ou deux côtés, urines troubles, inconfort général ou malaise.
À ce stade, il faut agir vite : contact direct avec le médecin ou les urgences obligatoire. La prise en charge se fait souvent à l’hôpital, avec antibiotiques en perfusion et surveillance rapprochée du bébé.
autres situations rares
Certains taux élevés pendant la grossesse peuvent révéler d’autres causes, plus rares : calculs rénaux, anomalies anatomiques de l’appareil urinaire, maladies rénales préexistantes décompensées.
Dans ces cas, le médecin orientera vers un spécialiste si nécessaire, mais ces situations restent bien moins courantes.
conduite à tenir : quand consulter et comment prévenir ?
résultat faiblement élevé mais culture négative
Quand la culture revient négative malgré quelques bactéries ou un peu trop de cellules, il s’agit souvent d’un artefact du prélèvement.
Refaire un ECBU dans de bonnes conditions, en suivant les recommandations d’hygiène et en respectant le prélèvement du jet médian, règle fréquemment le problème.
Présentez le nouvel échantillon au laboratoire dans les deux heures, conservé au frais si besoin.
Entre les deux examens, restez attentive : si des brûlures, de la fièvre ou des douleurs lombaires apparaissent, consultez rapidement.
symptômes ou bactériurie confirmée
Si l’analyse confirme une bactériurie ou si vous ressentez des symptômes, il est prudent de consulter sans attendre un professionnel de santé (sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue).
Le traitement antibiotique proposé tiendra compte de la grossesse et sera sûr pour le bébé. Le suivi comprendra généralement un contrôle d’urine une semaine après la fin du traitement, pour s’assurer que tout est rentré dans l’ordre.
mesures de prévention quotidiennes
Adopter certains gestes simples réduit nettement le risque d’infection urinaire pendant la grossesse :
- Boire quotidiennement 1,5 à 2 litres d’eau, sauf avis contraire.
- Ne pas se retenir d’uriner, et passer aux toilettes après chaque rapport sexuel.
- Porter des sous-vêtements amples et en coton, éviter les pantalons trop serrés.
- Privilégier une hygiène intime douce, en évitant douches vaginales et savons irritants.
Ce quotidien limite les infections et protège également la flore intime, essentielle toute la grossesse.
suivi de la grossesse et dépistage récurrent
Si vous avez déjà présenté des infections urinaires ou une bactériurie asymptomatique, un ECBU mensuel pourra vous être proposé.
N’oubliez pas de communiquer à votre équipe soignante chaque résultat d’analyse : elle pourra alors ajuster la surveillance ou prescrire un traitement préventif au besoin.
Ce suivi attentif, parfois vécu comme contraignant, est avant tout un gage de sécurité pour vous et votre futur bébé.
En résumé, la présence de cellules épithéliales dans les urines est très souvent bénigne, témoignant d’un phénomène normal ou d’une contamination en cours de prélèvement. Seule une analyse attentive, au regard des symptômes et des autres résultats, permet de distinguer une simple variation banale d’une situation nécessitant un véritable traitement.
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